Ostéopathie en ligne: que nous apprennent les habitudes de recherche?

Référence et lien court: OP-RWZM9O-6

Récemment, un ami ostéopathe a ouvert un nouveau cabinet. Pour l’aider à développer son activité, nous avons mené une enquête sur les habitudes des patients, leurs recherches en ligne et les périodes d’affluence.

Notre but initial était d’analyser les statistiques de recherches fournies par Google pour confirmer nos observations en cabinet. Suite à cette première analyse, nous nous sommes interrogés sur les potentielles périodicités des douleurs et motifs de consultation.

Du choix des bons mots-clés et des bons intervalles

Notre principal outil d’investigation fut Google Trends, un outil gratuit permettant d’avoir un aperçu des tendances de recherche sur le célèbre moteur de recherche.

S’il n’y a pas de lien direct établi entre les volumes de recherche et le nombre de prises de rendez-vous en cabinet, ces dernières peuvent néanmoins nous révéler certaines habitudes.

En comparant divers mots-clés et leurs variantes pour les termes « ostéopathe », « kinésithérapeute » et « médecin », nous avons choisi de conserver les trois mots-clés suivants pour notre analyse: « ostéopathe », « kiné » et « medecin » (sans accent) 1.

Notre analyse s’est portée sur plusieurs périodes, de la plus précise à la plus générale : par semaine, par trimestre puis tous les 5 et 9 ans. Ainsi, suivant la période étudiée, des tendances différentes se dessinent, nous renseignant sur les habitudes des patients.

Afin de rendre cet article plus clair, nous avons choisi de l’accompagner de nombreux graphiques. Ceux-ci sont interactifs, pensez donc à glisser votre curseur (ou votre doigt le cas échéant) dessus pour avoir le détail des valeurs.

Une mise en garde cependant, dans Google Trends, les valeurs obtenues sont toujours normalisées entre 0 et 100 et jamais fournies en valeurs absolues. Toutes les valeurs sont donc mises à l’échelle entre ces deux valeurs. Par exemple, s’il y a 2000 recherches sur un mot-clé le lundi et 500 le mardi, ces valeurs deviendront respectivement 100 et 25 dans les valeurs Google Trends.

C’est au réveil que la plupart des patients contactent leur ostéopathe

Notre première observation a porté sur les habitudes hebdomadaires de recherche pour les ostéopathes et kinésithérapeutes. Nous avons groupé les deux graphiques, car les courbes sont très similaires et possèdent des volumes de recherche proches. Les courbes des médecins sont à part, car leur volume de recherche est bien supérieur et empêcherait de bien étudier le cas des ostéopathes et kinésithérapeutes.

Volume relatif de recherches pour les mots « ostéopathe » et « kiné » sur 7 jours

Comme on peut le remarquer sur le graphique ci-dessus, chaque jour le pic de recherches se situe le matin aux alentours de 9 h (sauf le dimanche). Le second pic quotidien se situe aux alentours de 15 h environ. Cela correspond à ce que chacun d’entre nous a pu constater en cabinet. Les valeurs données par l’outil Trends peuvent donc nous informer sur les habitudes de nos patients.

Nous avons également observé les volumes de recherche des médecins sur la même période (7 jours).

Volume relatif de recherches pour le mot « medecin » sur 7 jours

Ici aussi, les comportements de recherche sont similaires même si le pic matinal a lieu une heure plus tôt, aux alentours de 8 h. Toutefois, il existe une spécificité sur la courbe des médecins : un autre pic, certes plus léger, aux alentours de 4 h du matin.


Pour visualiser cela plus facilement, nous avons groupé les recherches par heures de la journée sur une semaine :

Empiler les courbes
Volume relatif de recherches pour les mots « ostéopathe » et « kiné » en fonction des heures (sur 7 jours)

Que ce soit sur le graphique des ostéopathes, des kinés ou des médecins, la majorité des recherches ont donc bien lieu entre 8 h et 10 h du matin. Comme nous le verrons plus loin, la prévalence des douleurs le matin au réveil est en effet un phénomène connu.

Volume relatif de recherches pour le mot « medecin » en fonction des heures (sur 7 jours)

La majorité des rendez-vous sont pris le lundi

Il semblerait que le lundi soit la journée avec le plus gros volume de recherches. Pour confirmer cette tendance, nous avons voulu vérifier avec les données sur 90 jours (environ 13 semaines).

Volume relatif de recherches pour les mots « ostéopathe » et « kiné » sur 90 jours

Nous pouvons voir que les pics se répètent pratiquement tous les lundis. Les week-ends, en revanche, restent les jours les plus calmes. Il en va de même pour les médecins :

Volume relatif de recherches pour le mot « medecin » sur 90 jours

Nous avons de nouveau groupé les recherches par jour de la semaine sur 12 semaines (84 jours) pour confirmer nos observations.

Empiler les courbes
Volume relatif de recherches pour les mots « ostéopathe » et « kiné » en fonction des jours (sur 84 jours)

Le lundi arrive bien en tête des jours avec le plus de recherche concernant les thérapeutes manuels. Les volumes des jours suivants, quant à eux, sont à peu près constants avant de diminuer le vendredi et d’être au minimum le week-end.

Les ostéopathes ont leurs meilleurs mois en 2e partie d’année

Après les habitudes horaires et hebdomadaires, nous avons choisi des périodes plus longues pour observer les variations au fil des mois.

Volume relatif de recherches pour les mots « ostéopathe » et « kiné » sur 5 ans (2015-2020)

Nous pouvons voir que sur 5 ans, la popularité de l’ostéopathie a pratiquement doublé. S’il y avait 100 recherches par jour fin 2015, il y en a eu 200 en juillet 2020.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation :

  • une croissance de l’utilisation d’outils numériques par la patientèle (prise de rendez-vous en ligne, recherche de renseignements …)
  • un engouement progressif pour l’ostéopathie auprès des bénéficiaires
  • une augmentation du nombre d’ostéopathes et de contextes dans lesquels l’ostéopathie est pratiquée (cadre professionnel, sportif, etc.)

On remarque aussi le gouffre créé par l’épidémie COVID-19 dans les mois de mars et avril 2020 toutes recherches confondues. Ces mois seront ignorés dans la suite de cette étude afin d’obtenir une plus grande cohérence des données.

Sur la courbe des ostéopathes, on peut voir se dessiner une diminution importante des recherches tous les 6 mois environ, en mai/juin et en décembre/janvier. En outre, on note une inversion des courbes en août et septembre entre ostéopathes et kinés.

Regroupons les données par mois sur 9 ans (en excluant la période COVID-19), du 01/01/2010 au 31/12/2019.

Empiler les courbes
Volume relatif de recherches pour les mots « ostéopathe » et « kiné » en fonction des mois sur 9 ans (01/01/2010 au 31/12/2019)

La principale variation se situe pendant les mois d’été, et plus particulièrement en août : c’est pendant ce mois-ci que sont effectuées le plus de recherches pour les ostéopathes alors que c’est le moins recherché pour les kinésithérapeutes. Les mois les plus actifs chez les ostéopathes sont sur la deuxième moitié de l’année, d’août à novembre. Les médecins, quant à eux, ont leur propre rythme, le maximum des recherches étant en septembre et le minimum en mai.

Volume relatif de recherches pour le mot « medecin » sur 9 ans (01/01/2010 au 31/12/2019)

Des habitudes de recherche aux études observationnelles

Jusqu’à présent, les analyses que nous avons pu faire n’ont fait que confirmer nos intuitions quant à la fréquentation de nos cabinets.

Toutefois, ces observations nous ont amenés à nous interroger sur la périodicité des douleurs et de motifs de consultation :

  • Les douleurs (ou autres motifs) sont-elles plus fréquentes le lundi ?
  • Les douleurs sont-elles plus fortes le matin, au réveil ?
  • Ou alors les douleurs apparaissant au réveil motivent-elles plus de prises de rendez-vous ?
  • L’augmentation de la fréquentation en août est-elle due aux vacances des autres professionnel·le·s ?
  • Ou bien les vacances sont-elles à l’origine de plus d’accidents ?
  • Ou bien encore, la chaleur des mois d’été aurait-elle un effet dans l’augmentation des douleurs ?

Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé PubMed ainsi que le moteur de recherche Google Scholar. Les mots-clés les plus utiles pour trouver des études en lien avec nos observations ont été «& nbsp;temporal pattern », «& nbsp;seasonal » et «& nbsp;increased incidence ».

Nous avons pu trouver des études au sujet des observations suivantes :

  • Pratiquement un tiers (30%) des congés maladie sont posés le lundi d’après l’analyse des données d’entreprises privées 2
  • Les douleurs de dos surviennent le plus souvent le matin entre 7 h et 10 h pour 35.2% des personnes d’une étude sur le sujet 3
  • D’autres semblent indiquer que les douleurs de dos apparaissent le plus souvent le week-end4
  • Quelques études traitent de l’augmentation des accidents de l’appareil locomoteur durant les mois d’été et des vacances5
  • Certaines études notent une augmentation des douleurs de l’appareil musculosquelettique en fonction des saisons, mais elles ne sont pas concordantes 6
  • Des études observent que les troubles cardio-vasculaires (AVCs, infarctus du myocarde) sont plus fréquents le lundi7 même si des études récentes semblent réfuter cette conclusion 8

On peut donc voir qu’il y a des similitudes entre ces observations très générales sur les recherches de la population française et des effets périodiques (hebdomadaires, annuels) plus subtils en ce qui concerne les douleurs et autres motifs de consultation.

Une heureuse découverte

Si notre but initial était d’extraire des informations sur les périodes les plus propices au développement d’un cabinet d’ostéopathie, nous avons découvert des informations bien plus intéressantes sur la périodicité de certains symptômes. Il faut toutefois garder à l’esprit que ces corrélations n’ont pas encore été l’objet d’études approfondies permettant de confirmer et d’expliquer ces phénomènes.

Ces résultats portent sur toute la population française et sont donc très globaux. Il est intéressant de constater que les phénomènes hebdomadaires sont plus prononcés et, de fait, mieux étudiés que les phénomènes saisonniers ou annuels. Nous n’avons fait qu’effleurer les possibilités d’analyses que peut nous offrir cet outil. À l’avenir, il serait en effet possible d’observer de nouvelles tendances encore inconnues, par exemple en utilisant des termes liés à une pathologie spécifique.


  1. Les variantes (avec ou sans accent, mot complet ou abrégé) avaient un volume de recherche moins représentatif. Si vous souhaitez essayer par vous-même, pensez à comparer les mots voulus et leurs variantes pour avoir un échantillon aussi représentatif que possible. ↩︎

  2. ↩︎
    • Moldofsky H. Sleep and pain, Sleep Medicine Reviews, Volume 5, Issue 5, 2001, Pages 385-396, ISSN 1087-0792, https://doi.org/10.1053/smrv.2001.0179.
    • Steffens D, Ferreira ML, Latimer J, et al. What triggers an episode of acute low back pain? A case-crossover study. Arthritis Care Res (Hoboken). 2015 Mar;67(3):403–10. https://doi.org/10.1002/acr.22533
    ↩︎
    • Lovegrove MT, Jelinek GA, Gibson NP, Jacobs IG. Analysis of 22,655 presentations with back pain to Perth emergency departments over five years. Int J Emerg Med. 2011;4:59. Published 2011 Sep 17. https://doi.org/10.1186/1865-1380-4-59
    ↩︎
    • Telfer S, Woodburn J. Let me Google that for you: a time series analysis of seasonality in internet search trends for terms related to foot and ankle pain. J Foot Ankle Res 8, 27 (2015). https://doi.org/10.1186/s13047-015-0074-9
    • Jespersen E, Holst R, Franz C, et al. Seasonal variation in musculoskeletal extremity injuries in school children aged 6–12 followed prospectively over 2.5 years: a cohort studyBMJ Open 2014;4:e004165. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2013-004165
    ↩︎
    • Abeler K, Sand T, Friborg O & Bergvik S. Seasonality in pain, sleep and mental distress in patients with chronic musculoskeletal pain at latitude 69° N, Chronobiology International (2020), https://doi.org/10.1080/07420528.2020.1764011
    • Inaba R., Mirbod SM. Subjective Musculoskeletal Symptoms in Winter and Summer among Indoor Working Construction Electricians, Industrial Health, 2010, Volume 48, Issue 1, Pages 29-37, Released February 16, 2010, Online ISSN 1880-8026, Print ISSN 0019-8366, https://doi.org/10.2486/indhealth.48.29
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    ↩︎

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